LIGHTS OUT!
VANESSA BERTIN
Du 9 avril au 31 octobre 2026 | Galerie Mestiers

Vanessa Bertin est photographe. Elle vit et travaille à Paris.
Dans la série intitulée LIGHTS OUT!, Vanessa Bertin présente onze photographies en noir et blanc dont le sujet principal est le surgissement de la lumière; tantôt diffus, comme un soleil qui inonderait chaque seconde un peu plus toute particule de matière qui lui répondrait, tantôt tranchant, à l’instar d’une lacération fontanienne ou d’une saillie du blanc dans le noir de Marfaing.
Le travail de Vanessa Bertin dans le cinéma n’est sans doute pas étranger à cette mise en abyme photographique, ni à sa prédilection pour la lumière industrielle et le dénuement des locaux techniques. Les contrastes volontairement prononcés nous rappellent l’approche de Ray K. Metzker, où le découpage des noirs profonds par une lumière architecte charge l’image d’une tension telle que nous restons suspendus. Nous pressentons l’intensité de la lumière qui pourrait tout brûler sur son passage si elle n’était maintenue par le poids du noir.
Cette polarisation salutaire de la clarté et des ténèbres n’est pas sans nous rappeler le pavé jeté par le jeune et provocateur F. Nietzsche avec la parution de son premier ouvrage, La Naissance de la Tragédie, où il met fin à des siècles de pensée dominée par la figure apollinienne en déterrant la pulsion refoulée de Dionysos. Par le rappel du dieu de l’ivresse, du chaos, de l’obscurité et de la souffrance, Nietzsche rééquilibre notre pulsion de clarté, de recherche d’harmonie parfaite, d’apparence incarnée par Apollon et sa lyre, tout en démontrant que notre désir d’exister n’en sera que plus fort.
Nous entendons dans l’exclamation Lights out! le Oui à la vie, où le même philosophe, dix ans plus tard, s’inscrit, par ce oui affirmateur, dans la capacité d’adhérer à l’intégralité des aspects de l’existence, des plus tragiques aux plus lumineux. Le surgissement de la lumière capturé par Vanessa Bertin s’apparente alors à cette invitation nietzschéenne à détourner le regard de ce qu’habituellement nous porterait à ne pas voir, et, par là-même, à plonger ce regard au fond de notre existence. La nouveauté de cette pensée, qui rompt avec le pessimisme des nihilistes et la résignation schopenhauerienne, est portée ici par les néons de Vanessa Bertin; néon étant tiré du grec « néos », nouveau.
Ce propos est soutenu par la maîtrise remarquable avec laquelle Vanessa Bertin a travaillé son cadre, d’abord figuratif, puis nécessairement abstrait, ainsi que ses contrastes de blancs et de noirs. Trouver le bon papier, celui qui sera capable d’absorber ce noir dionysiaque, profond, lourd, et de faire ressortir l’énergie du blanc du néon, à la fois doux et clinique, a représenté une recherche plastique des plus passionnantes, et l'on salue ici le travail des éditeurs de papier. C’est le William Turner des Allemands Hahnemühle, et ses propriétés extraordinaires, qui a remporté haut la main les tests effectués aux côtés, et sur les conseils, d’une équipe remarquable: les artisans tireurs d’Initial Labo à Boulogne-Billancourt. Le William Turner est un papier à la surface fortement structurée, qui a pour avantage de ne pas dénaturer la profondeur des noirs, mais qui présente la difficulté d’une préparation de la surface en amont du tirage et d’un soin particulier au contrecollage. C’est avec beaucoup de délicatesse que les équipes d’Initial Labo ont d’abord légèrement brossé la surface du papier afin d'obtenir une couvrance totale par les noirs, puis manipulé le papier pour le coller sur une plaque de Dibond montée en caisse américaine en aluminium noir. Les photographies sont volontairement exposées sans verre, le William Turner permettant à ces dernières la nudité de la peinture.
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